Juliette Mogenet : de l’autre côté du miroir, un peu tôt, un peu vite… en attendant les démineurs.

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Travail classique, tenu. Le format ne change jamais : comme Thomas Müller, Juliette Mogenet aussi emploie le 21 / 29,7. Les traits sont au bic. Minimalisme : l’espace, le volume. Pas de personnages. Ici, les absents ont le premier rôle.

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Puis viennent les travaux plus “modernes”. Voici l’endroit – le côté “face” – d’une encre sur papier. En bas, du scotch. C’est la plus sure façon de détruire un travail. La colle traverse le papier, puis fonce, laissant des traces brunâtres indélébiles, puis cesse de coller… et se décolle. Le processus prend dix ans. Au bout de dix ans (environ), la pièce ne vaut plus rien. J’ai acheté un de ces dessins : il y a du scotch partout.

Voici le dos d’un dessin – qui n’en est pas un, puisqu’il n’y a pas de traits, mais des aplats d’encre…  C’est le dos du dessin précédent : l’artiste mélange les genres,  cherche, provoque. Irrite. M’irrite. Le dos d’un dessin n’est pas un dessin. Des aplats d’encre ne sont pas du dessin. Le danger “suprèmatiste” est là.

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Puis il y a les “dessins invisibles”, les non-dessins qui ne sont que des histoires de lumière, espaces d’absence. Ces images annoncent, peut-être, les icônes nouvelles, un monde anti-PhotoShop en train de naître. Ou bien une nouvelle période iconoclaste…

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Regardez attentivement : des bandes de scotch lardées de coups de cutter. Ces images, impossibles à photographier, s’auto-détruiront avant 2020…

Adrian Schindler a, lui aussi, comme Juliette, participé à la première édition de la FID.  Collègue de Juliette aux Beaux-Arts, il dessine des démineurs.
Juste avant la Biennale, j’étais à Venise. Une cantatrice d’opéra se plaignait qu’elle allait devoir coucher avec son producteur. Je lui ai répondu qu’elle n’avait qu’à changer de métier, choisir un métier où “coucher” n’est pas obligatoire. Elle m’a demandé : “Lequel ?”. J’ai répondu : “Démineur”.