Jean Dubuffet Remix

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La galerie Jeanne Bucher présente une seule pièce (splendide!) de Jean Dubuffet, dans le cadre d’un accrochage de groupe. La pièce, intitulée Welcome Parade, est datée 1973 – 2008. S’agit-il d’un original ou d’un faux (l’artiste est mort en 1985)?

La réponse de la Fondation Dubuffet est:

Dubuffet avait décidé de créer sa propre Fondation près de dix ans avant sa disparition afin de maintenir groupé un ensemble significatif de ses œuvres. Il l’a dotera, entre autres, de toutes ses maquettes d’architecture lui permettant ainsi de réaliser des sculptures monumentales pour des collections privées ou publiques. Les agrandissements ne sont plus réalisés aujourd’hui dans les anciens ateliers transformés en salles d’exposition mais le sont toujours par les praticiens ayant travaillé avec l’artiste. Les travaux sont effectués sous le contrôle de la Fondation Dubuffet qui supervise chaque étape, du moulage de la maquette à l’installation finale sur le site.”

Dans Biographie au pas de course, l’artiste écrit, à propos de Welcome Parade (page110, éditions Gallimard, 2001): “(…) Javais imaginé pour cela un groupe de cinq personnages haut d’environs 7 mètres (…)“. Un seul personnage, de moins de 2 mètres de haut, est présenté ici.

Es-ce une sculpture dessinée ou un dessin sculpté?

Ni l’un, ni l’autre, répond la Fondation; il s’agit de’ une longue et importante série de sculptures en polystyrène expansé peintes au vinyle.” Or, dans cette pièce, le dessin (qu’ils appellent improprement “peinture”) domine la forme (une “sculpture”, en effet).

Frères humains, aidez-nous à comprendre! Notre définition du dessin contemporain est irréprochable, nos intentions sont pures. Alors pourquoi diable une telle confusion mentale, esthétique, technique règne t-elle à ce sujet? Que c’est compliqué d’être simple! (Lunettes Rouges, dans un récent commentaire sur D0010, remarquait: “Vous avez tout à fait raison… et j’en déduis donc qu’au Salon du Dessin vous n’admettrez ni gouache, ni aquarelle.“)

Dernière question en guise de conclusion: serions-nous devant le premier dessin post mortem (mi-“peinture”, mi-sculpture) du vingt-et-unième siècle?!

Qu’importe! Allez la voir, cette merveille de force et de tristesse, ce portrait d’enfant si vieux… Cette oeuvre donne tort à tout le monde: à la Fondation Dubuffet, à la galerie Jeanne Bucher, à D0010, à vous et à moi. Un chef d’oeuvre au pas de course, un faux si vrai, un dessin du vingt-et-unième siècle sculpté en 1973! Et tant que nous avons tort, et tant que l’art commence, ça va bien. Quant aux artistes (morts), il leur arrive encore de faire des chef d’oeuvres…